19 mars 2008

Extraits des deux premiers chapitres

" .... Tout se bousculait dans ma tête, j’étais découvert, mon espérance de vie s’amenuisait, et c’était comme si un étranger s’était insinué dans mon corps. J’entendais le brouhaha de la masse qui murmurait à mes oreilles les mots de traître, mage ou de mort, les critiques et les insultes insipides montaient comme un grondement et semblaient pousser dans ma direction. Mais le pire était à venir, un autre malandrin vint par derrière et rabaissa ma capuche, me laissant surpris à visage découvert, il dévoila ainsi mes yeux devenus verts lumineux par le sort que je m’apprêtais à lancer, il montra le tatouage sur ma joue, rune mystique aux significations inconnues de ces pleutres, mais plus que tout, il me fit croiser le regard des deux femmes.

Et ce fut l’épée de Damocles, le coup fatal, le plus terrible de cette journée sans fin : elles me reconnurent, je puis m’en apercevoir dans leur changement d’attitude, Ileham fit quelques pas en avant, ses yeux hurlant de détresse, un appel à l’aide que seul un démon pourrait refuser d’écouter ; Yanen, telle une ange, peu avant rebelle, redevint douce, sûrement frappée d’incompréhension à me voir là, ayant assisté à son cauchemar sans réagir. Leurs âmes me pointaient du doigt comme la peste, comme le diable, et aucune cachette n’aurait pu me soustraire de ce qu’elles ressentaient en cet instant ; de nouvelles larmes firent leurs apparitions sur leurs visages désespérés, et moi…
Moi…plus stupide que jamais, je m’abritai derrière un cœur de pierre, je masquais mon impuissance derrière une assurance arrogante : je relevai mon bâton et remis ma capuche.

Totalement perdu, flottant dans les limbes de l’absurdité, je me remis en marche, comme si rien ne s’était passé. Puis leurs voix m’arrètèrent de nouveau, celle d’Ileham murmurant un « aide-nous », alors que l’autre me poignardait en criant « assassin »… "






" ... Plusieurs combats avaient déjà eu lieu et le sang maculé peignait le sable de l’arène dans une inégalité parfaite. Les deux femmes qui se tenaient maintenant tête étaient des championnes, des gladiatrices aguerries de ces jeux meurtriers : l’une d’elle était Grunehilen, une géante blonde, plus imposante que la majeure partie des hommes de la salle, puissante guerrière musclée dont le regard déterminé suffisait à faire faillir n’importe quel ennemi. C’était la favorite de Creliar, celle qui partageait son lit et qui lui rapportait plus de la moitié de sa fortune ; elle était invaincue, et avait embrassé presque volontairement cette carrière qui lui avait apporté la gloire.
L’autre était une sauvage à la peau sombre, une lionne dont la crinière frisée s’enracinait dans une couronne métallique ornée de pointes d’argent; une férocité sans égale se dégageait d’elle, et tout ne semblait être que proie sous son regard de prédateur.

Les épées s’entrechoquèrent, rencontrant à plusieurs reprises les boucliers respectifs. Dans un ballet d’éclats de fer, les armes dansaient, se frappant sans retenue, aucune des deux combattantes n’arrivaient à prendre l’avantage…
Cela continua jusqu’à ce que la tigresse bloque la lame de sa rivale entre la sienne et son écu protecteur, et lui assène un coup de tête violent à l’épaule. Les épines de sa coiffe arrachèrent à la solide blonde un peu de chair, de sang et un cri réfréné aussitôt par son envie de vengeance.
Grunehilen était en mauvaise posture, avec un seul bras pour se défendre. Et elle retomba dans le même piège quelques instants après : son bras fut bloqué par son adversaire qui pivota sur elle-même pour lui porter un coup rotatif au bas ventre. Or l’expérience joua beaucoup car, la guerrière blessée, plutôt que de s’accrocher à son arme, se laissa tomber, se dégageant ainsi de l’étreinte et une fois aux pieds de son assaillante, elle sortit une dague de sa botte et l’enfonça en hurlant dans la poitrine ennemie. ... "






" ... Je voyais la fin, la sortie, l’espoir, la liberté, l’extérieur qui nous ouvrait ses bras comme un bienfaiteur qui nous offrirait le refuge, mais dans ma course insensée vers l’échappatoire, j’avais présumé de la force de mes compagnes et j’avais oublié de les aider, si bien qu’Ileham trop affaiblie physiquement s’effondra en poussant un cri. Elle tomba dans le liquide moisi, se noyant presque dans le peu de profondeur qui l’attirait à elle.
Yanen et moi nous retournâmes pour voir notre amie se relever avec peine, les hommes étaient presque sur elle à une dizaine de pas.

Sans hésiter, je fermai les yeux, me concentrant sur mon art et attirant dans mes doigts les énergies mystiques que je contrôlais. Je sentais mes membres se réchauffer au passage des effluves magiques. Mes paupières se rouvrirent illuminant mon visage tiraillé par la colère et la douleur due à mon effort. Je levai alors ma main droite et criai à Yanen de rester derrière alors qu’elle allait s’élancer aider son amie. Ma voix se fit alors caverneuse exprimant des mots dans une langue oubliée et des arcs bleutés crépitèrent au bout de mes phalanges.

Yanen se tenait à mes côtés lorsque je lançai mon incantation et elle put voir l’horrifiant spectacle qui en résulta. Ileham se redressait avec peine, ses larmes se mêlant au ruissellement de l’eau croupie sur son visage. Juste derrière elle, arrivaient les premiers soldats à la solde de ses bourreaux. Ils seraient dans un instant sur elle, la capturant comme on attrape un simple gibier, et la renchaînant au destin insipide de sa condition d’esclave. ..."






" .... Tout s’accéléra alors, chaque acteur jouant son rôle dans ce ballet de la mort. Yanen profita de l’effet surprise causé par mon arrivée pour se jeter lame en avant sur le dernier traqueur qui lui faisait face. Celui-ci, s’étant retourné dans ma direction suite à mon tir, ne vit rien venir et il sentit une froideur métallique s’insinuer tant bien que mal dans son bas-ventre. Ivre de rage et de douleur, il effectua un coup circulaire du revers de son bras, heurtant mon amie à la tête et la faisant s’effondrer un peu plus loin.
Le supposé maître de cette bande infâme fit volte-face et dégaina dans un geste lent une épée fine. Son visage impassible, sa maîtrise du geste, et l’esthétisme de son arme me firent penser que sa technique de combat était plus raffinée que celle de ses hommes, et qu’elle n’était pas toute en puissance mais dans la précision.

Je continuais mon avancée, m’arrêtant une nouvelle fois : j’avais choisi d’en finir avec les sbires avant de me préoccuper de celui qui les commandait. Un nouveau trait s’élança donc de mon arc et vint se jucher dans la gorge de l’écorché, mettant ainsi un terme à ses souffrances et libérant par la même occasion ma compagne de son adversaire le plus direct.
Yanen qui se relevait à cet instant, fut submergée par je ne sais quelle émotion, si bien qu’elle se mit à courir vers l’Ouest, abandonnant le combat et les marionnettes du dieu de la guerre qui s’entretuaient. Elle fila, entre les rochers et les arbres, rejoignant l’horizon plus vite que le galop d’un cheval…Pas même un regard, pas même un mot, elle me quitta… "





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